Ils ont aimé...


« Ce premier film irradie parallèlement d'un talent formel et technique impossible à négliger. Traversé de fulgurances audiovisuelles, emballé avec un sens de l'atmosphère aussi décalé que payant, il dégage les vibrations typiques d'un authentique metteur en scène. Il devrait donc y avoir une place pour Alexandre Messina dans notre cinéma. »
Bernard Achour

« Une petite merveille se distinguant par ses qualités artistiques ou son ton unique… Fil directeur de ce récit : le désir d’émancipation et de liberté.
Alexandre Messina propose un autre type de cinéma, loin des produits formatés qui inondent nos écrans, mais pas élitiste-intello pour autant. Plus un cinéma des sensations, impressionniste, un cinéma qui fait l’école buissonnière et s’amuse follement. Un cinéma original, différent, qui fonctionne à l’énergie, à l’envie, aux idées novatrices…
Le film d’Alexandre Messina ne laissera pas indifférent ceux qui auront eu la chance de le voir. Il fait partie de ces œuvres atypiques qui parviennent encore à nous surprendre, à nous faire réagir. Une preuve, s’il en était besoin, que le cinéma est un art toujours bien vivant, qui a encore de beaux jours devant lui… »
Boustoune (Antoine Bordat)

Juillette, jeune danseuse, rêve de firmaments et de Lac des cygnes. Mais c'est sous les traits de Shéhérazade que chaque nuit elle s'effeuille dans un bar glauque de la Place Pigalle. C'est là qu'elle rencontre au hasard d'un couloir Axelle, aspirante serveuse. Une dispute, un coup de feu, la panique et puis la fuite. Au fil des kilomètres, ces deux âmes à la dérive vont apprendre à se connaître, à s'apprivoiser.
Sans but ni attaches elles vont errer sur les routes de Vendée, découvrir des paysages, des ambiances de villages et des parfums de liberté. Dérivant au hasard des rencontres et des chemins de terre, leur quête d'un refuge va les mener jusqu'au Marais Poitevin. C'est au milieu des chevaux et des canaux qu'elles vont tenter de reprendre pied, de sortir du tourbillon de la cavale.
Le propos du film est aussi de montrer la beauté d'un instant, d'un vécu, d'une histoire. Il a choisi de tourner dans le Marais Poitevin pour son isolement et sa lumière. Pour ces instants magiques où le temps est suspendu et les paillettes d'or affleurent à la surface de l'eau.
Directeur exigeant, Alexandre Messina a tenu à créer pendant le tournage des conditions hors normes, coupées du monde. Paradoxalement il laisse énormément de libertés à ses acteurs en réduisant le scénario à son substrat, permettant ainsi une improvisation permanente qui créé cet effet de fraîcheur et de spontanéité.
Céline Espérin et Ophélie Bazillou nous offrent un duo solaire et initiatique dont la pureté fait envie. A découvrir sans scrupules ni a priori, Les Marais Criminels sont un souffle de vie.
Ranjitha Delbecque

Un cinéaste à part
Pour Alexandre Messina, les choses sont claires : « Je suis un peu contre cette omnipuissance du scénario qu'on institue un peu partout ; je pense qu'il n'est qu'une étape ! Dans ma manière de concevoir, le film a besoin d'une direction, ensuite il se construit aussi au tournage, même si je suis bien conscient de la prise de risques que cela représente ! ». En cela, Les Marais criminels n'a rien de conventionnel et propose un cinéma véritablement neuf. On est en fait aussi bien surpris par le scénario que par la technique, voire la mise en scène. Le film débute par une ambiance relativement glauque, Place Pigalle. Entre érotisme et dégoût, Alexandre Messina décrit une sphère noire et cruelle, mais dans le fond, hautement réaliste. C'est là que s'opère une étonnante rencontre, celle de Juliette et d'Axelle. L'une est danseuse, sous le pseudonyme de Shéhérazade, l'autre aspire à devenir serveuse. Leur avenir apparaît donc presque incertain au sein d'un univers aussi terrible. Mais la mort d'un personnage vient bousculer ce triste climat pour brusquement transformer le film en un road movie énergique basé sur la fuite des deux jeunes femmes, faisant alors différentes rencontres, toutes hasardeuses, drôles, poétiques et touchantes à la fois. Loin de l'atmosphère extrêmement pesante d'une ville, les deux jeunes femmes découvrent alors très vite un autre monde, totalement différent, celui de la Nature, nouveau personnage à part entière, sans limite apparente, aussi bien en termes d'espaces que de possibilités physiques voire morales.
Le naturel avant tout
Ce qui fait le charme principal de ce film, c'est sa fraîcheur et son honnêteté. Tout y est vrai et profondément naturel. Le cinéaste a d'ailleurs choisi de laisser beaucoup de libertés à ses comédiennes (et au reste de son casting), donnant ainsi une place de tout premier choix à l'improvisation. Un principe souvent dangereux car susceptible de frôler l'amateurisme, mais qui trouve ici tout son sens de par une étonnante réussite due à une ligne scénaristique précise et des personnages construits autour de sentiments on ne peut plus humains. D'ailleurs, à ce sujet, Ophélie Bazillou et Céline Esperin, respectivement Juliette et Axelle, réalisent de véritables prouesses. Devant la caméra d'Alexandre Messina, elles s'investissent avec une réelle passion et se montrent d'une justesse imparable du début jusqu'à la fin. En outre, bien plus qu'un simple duo, elles forment un véritable couple, parfois ambigu, entre amitié et sentiments beaucoup plus forts. Leurs rapports évoluent au fil des aventures et trouvent très vite une incontournable complémentarité, alors qu'à l'origine tout les opposait. Cette fusion, d'une beauté sans faille, apporte au film toute la force et la crédibilité nécessaires pour lui permettre de sortir du lot hebdomadaire. Enfin, on n'insistera jamais assez sur l'originalité du titre, aussi intriguant qu'éblouissant.
Gilles BOTINEAU

Avec Les Marais Criminels, Alexandre Messina signe un très beau film sur le prix de la liberté et la force de l’amitié, sous la forme d’un road-movie poétique et envoûtant, entraînant le spectateur dans la spirale irréelle d’une destinée arbitraire. Cette Odyssée tragique dessine le portrait de deux jeunes femmes que tout oppose, et qui vont apprendre à s’aimer et à se connaître au gré de leur fuite en avant. […]
Le couple d’actrices formé par Ophélie Bazillou ( voir notre interview) et Céline Esperin fonctionne à merveille, tant elles sont complémentaires. Juillette – comme le mois, et non Juliette – est la jeune fille fantasque, la féminité enfantine et mystérieuse, insaisissable, presque inconsciente du crime qu’elle a commis, mais en même temps très déterminée, tête brûlée. C’est la danseuse qui veut s’affranchir des lois de la pesanteur, de la société et de ses conformismes, et la petite fille désirant accomplir ses rêves. Axelle paraît être de prime abord plus adulte, réfléchie, prenant la mesure de l’horreur de leur situation, mais elle se laisse pourtant embarquer dans une aventure qu’elle ne maîtrise pas, séduite par la beauté, la liberté et la folie de Juillette, cet oiseau sacrifié. La relation d’amitié amoureuse qui s’installe entre les deux protagonistes, toutes deux en rupture familiale et sociale, livrées à elles-mêmes, n’est pas sans évoquer Mulholland Drive (2000) de David Lynch. Les deux héroïnes, d’une impressionnante justesse, sont soutenues par des seconds rôles excellents comme Laurent Grévill, Oscar Sisto, ou Pierre Barouh. […]
Alexandre Messina a réuni autour de lui une véritable troupe de cinéma pour une expérience novatrice et peu commune dans le cinéma français. La subtilité et l’efficacité de sa direction d’acteurs sont l’aboutissement d’un travail intense de préparation avant tournage, fondé sur l’improvisation dans les scènes. Il travaille sans script écrit, mais avec un scénario très précis, ce qui évite tant les mauvais dialogues qu’un style trop littéraire et artificiel. Il parvient ainsi à bien connaître ses acteurs et à les mettre en confiance pour en tirer le meilleur, en préservant la fraîcheur des situations, la vérité du jeu et la prise sur le vif des émotions. Il capte la magie furtive d’un regard, la beauté d’un geste ; il saisit l’éphémère au vol avec sa caméra devenue filet à papillons ; les acteurs s’en trouvent magnifiés et révélés dans leur plus intime fragilité.
Laurent Deburge
@ Bientôt,
PGB

