mardi 17 novembre 2009

Laurent Deburge a écrit...

Les Marais Criminels, un cinéma de la fraîcheur.

Les Marais Criminels est un film sur le prix de la liberté et la force de l’amitié, sous la forme d’un road-movie poétique, entraînant le spectateur dans la spirale irréelle d’une destinée arbitraire. Cette Odyssée tragique dessine le portrait de deux jeunes femmes que tout oppose, et qui vont apprendre à s’aimer et à se connaître au gré de leur fuite en avant.

Une nuit à Paris, Axelle (Céline Esperin), à la recherche d’un job de serveuse, rencontre Juillette (Ophélie Bazillou) dans la boîte de strip-tease où celle-ci danse, tout en rêvant d’entrer au Conservatoire. Dans un moment de confusion, lors d’une entrevue entre Juillette, le patron et l’actionnaire de la boîte, un coup de feu est tiré. Juillette emmène Axelle dans une cavale à travers la Vendée et les Marais poitevins. Devenues sœurs de sang, lors de ce drame inaugural, poursuivies par une faute absurde, elles partent en quête d’elles-mêmes et de leur liberté. Au cours de leur périple elles arrivent d’abord dans la famille du frère de Juillette, mais sont mal reçues : on ne comprend pas le retour de la sœur prodigue. Chassées de ce dernier élément rattachant à la tendresse, à l’enfance mais aussi à la société, traquées, elles s’enfoncent plus profondément dans la campagne, dans les Marais dangereux et émouvants.

Le film suit ce couple improbable, contrasté et complémentaire, incarné par Ophélie Bazillou et Céline Esperin. Juillette – comme le mois, et non Juliette – est la jeune fille fantasque, la féminité enfantine et mystérieuse, insaisissable, presque inconsciente du crime qu’elle a commis, mais en même temps très déterminée, tête brûlée. C’est la danseuse qui veut s’affranchir des lois de la pesanteur, de la société et de ses conformismes, et la petite fille désirant accomplir ses rêves. Axelle paraît être de prime abord plus adulte, réfléchie, prenant la mesure de l’horreur de leur situation, mais elle se laisse pourtant embarquer dans une aventure qu’elle ne maîtrise pas, séduite par la beauté, la liberté et la folie de Juillette, cet oiseau sacrifié.

La relation d’amitié amoureuse qui s’installe entre les deux protagonistes, toutes deux en rupture familiale et sociale, livrées à elles-mêmes, pourrait évoquer Mulholland Drive (2000) de David Lynch.

Si Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott, est une référence explicite du film, Les Marais Criminels renvoient également à d’autres du road-movie, comme La Ballade sauvage (1973), de Terrence Malick, mais aussi à Messidor (1978) d’Alain Tanner, qui en est proche. Le thème de la Nature, ici rédemptrice et protectrice, rappelle La Nuit du Chasseur (1955) de Charles Laughton. Les Marais Criminels ont également en commun avec le film de Laughton le thème de la Mort, qui progresse implacablement, portée par sa musique propre. Les images de l’impressionnant 4x4 noir peuvent ainsi faire penser à Duel (1971) de Steven Spielberg.

La photographie, signée par Nicolas Connan, coscénariste du film, entend mêler esthétisme et réalisme, à l’aide de quelques images fortes, telles celles des Marais au petit matin, dans la brume, des chevaux en liberté évoquant Les Désaxés (1961) de John Huston ou de la danse onirique de Juillette passant son audition imaginaire sont autant de visions pénétrantes.

La bande-son est également un personnage essentiel du film d’Alexandre Messina. Outre les jeux sur la synchronie entre le son et l’image, et les chansons qui jaillissent dans le film (chant espagnol du personnage d’Oscar Sisto, chanson d’Axelle pendant le mariage…), la voix chantée joue un rôle clé dans la progression dramatique. Avec l’air d’Opéra, annonciateur de la mort qui s’approche, tel un leitmotiv, la voix est le fil rouge (ou plutôt noir) qui tend le film jusqu’à son dénouement fatal.

Alexandre Messina a réuni autour de lui une véritable troupe pour une expérience de cinéma novatrice. Sa direction d’acteurs est l’aboutissement d’un travail intense de préparation avant tournage, fondé sur l’improvisation dans les scènes. Il travaille sans script écrit, mais avec un scénario très précis. Il parvient ainsi à bien connaître ses acteurs et à les mettre en confiance pour essayer d’en tirer le meilleur, en préservant la fraîcheur des situations, la vérité du jeu et la prise sur le vif des émotions. Il capte la magie furtive d’un regard, la beauté d’un geste, saisit l’éphémère au vol avec sa caméra devenue filet à papillons ; pour magnifier les acteurs et les révéler dans leur plus intime fragilité.

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Merci Laurent de ce texte à lire et à relire...
@ Bientôt,
PGB

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